jeudi 22 septembre 2011

Mon cow-boy

( texte composé sur le thème 2, autour du mot aiguille )

Ashley est une femme contradictoire, au faîte de la modernité en termes de moyens de communication mais dès qu’il s’agit de voyager, elle ne se sépare jamais de son gros réveil à la sonnerie digne des anciens passages à niveaux. Rond, en ferraille de couleur bleu ciel, il repose sur deux pieds métalliques obliques et il est surmonté d’une cloche.

Elle doit prendre l’avion le lendemain matin à 8h10, être à l’aéroport deux heures avant, donc se lever à 4 heures ; pour elle c’est un supplice. Elle s’endort mal et se demande si elle ne va pas passer la nuit blanche mais elle a dû dormir quand même : lorsqu’elle se réveille, il fait jour. Son réveil indique 7h30 ! Misère. Plus le temps d’attraper son avion. Elle regarde sa valise inutile au pied de son lit.

Subitement, son réveil vibre comme s’il annonçait l’ouverture de la Bourse. Elle sursaute, pousse un cri bref. Il est 8 heures ! Pourquoi ai-je mis la petite aiguille sur le 8 au lieu de la mettre sur le 4 ? Elle comprend enfin. Elle se rendait à l’ouest des Etats-Unis, elle qui était franchement de l’Est, depuis l’immigration de ses ancêtres irlandais. Dans son esprit, l’heure de son réveil avait la forme d’un angle obtus orienté plein ouest, c’est-à-dire pour elle à gauche. Comme un cow-boy adossé à un poteau, une jambe repliée.

Elle allume la télévision pour passer le temps et s’endort devant. Soudain, elle est réveillée par la sonnerie du téléphone. Sa fille lui dit qu’il se passe des choses surprenantes à New-York ! Elle voit un énorme nuage de fumée s’échapper d’une tour très haute. C’est un avion qui a percuté la tour, lui précise sa fille. Un avion ? Qui s’est trompé de route ? Ce n’est pas étonnant avec toute cette déréglementation. C’est Reagan qui a tout foutu par terre. Il a anéanti les syndicats d’aiguilleurs du ciel et il a défait tous les monopoles. Maintenant il y a trop d’avions dans le ciel. Et forcément, il y a des erreurs.

Mais au même moment, un autre avion s’encastre dans l’autre tour. Cela ne peut pas être une erreur….

– Maman. Tu as ton billet sur toi ?
– Oui dans mon sac.
– Tu peux me donner le numéro de l’avion que tu devais prendre ?
– Oui : vol 77.
– Maman, le vol 77 vient de s’écraser sur le Pentagone. C’est le troisième avion maman. On ne sait pas quand ni où ça va s’arrêter ; ne bouge pas de chez toi demain. Tu es une miraculée.
– C’est grâce à mon cow-boy ma fille.

Mariji Cornaton

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