lundi 12 septembre 2011

Contre-temps

( texte composé sur le thème 2, autour du mot aiguille )

Hier peut-être, à moins que l'événement date d'une semaine, ou plus, les trois aiguilles de la Pendule Centrale, référence unique entre autres pour l'Horloge Parlante, sont tombées, d'un bloc, sur le parvis du Rythm International Building. Comme chacun sait, ou peut-être pas, le RIB, ce prestigieux monument qui tutoie le ciel en plein cœur de notre Primordiale Agglomération, abrite l'Ordinateur Essentiel Universel et Fondamental. Et l'OEUF, en imposant sa cadence, assure le Réglage de tous les Importants Systèmes de la planète....

Le temps s'est arrêté pendant une durée que les experts ne sont pas encore parvenus à évaluer : gageure ? A la période de réparation, menée à bien donc, il faut ajouter les heures - les jours ? - que les techniciens ont passé sur les chemins pour atteindre PARIS. Car ces spécialistes étaient accourus exprès depuis Besançon, dès l'annonce de la panne, pour remettre les aiguilles en place et les tic-tac en état... Insistons sur « accourus » car ils ont dû faire le trajet à pied, forcément, en raison des désordres ferroviaires et routiers : absence de toute référence horaire, feux détraqués... Chargés comme des mules de nombreux appareils mécaniques, leurs bécanes informatiques devenues inopérantes, ces hommes conscients de leurs responsabilités se sont au final montrés à la hauteur de leur tâche.

Tout est rentré dans l'ordre, si l'on peut dire... Rien ne semble avoir bougé pendant l'entracte qui fut un vide temporel. Nul indice de vieillissement, aucun décès n'ont été signalés. D'où cette conclusion évidente et enivrante : l'humanité a économisé de la vie ! Le monde a goûté, hors de tout compte, une éternité temporaire.

Mes amis, je suggère de tenter l'éternité tout court en vandalisant pour de bon l'installation du RIB, en neutralisant les tyranniques trotteuses ! Ne succombons pas aux discours des trouillards qui prédisent la totale anarchie. Osons l'ivresse, gagnons la liberté, arrêtons de calculer et tuons le temps dans l'OEUF !

MF

2 commentaires:

Danyel a dit…

Légèreté de ton et jeu sur les mots pour un propos profond et interrogateur sur l'illusion de notre perception du temps et ce désir de le corseter. Utopie et contre-utopie, fil rouge d'une vie de poète... Bravo !

Martine a dit…

Tu transformes mon laisser-aller en belle envolée ; merci Danyel !
Comme j'aimerais me rire du temps...