lundi 22 août 2011

Fin de soirée

( texte composé sur le thème 1, autour du mot départ )

L’endroit était discret, les banquettes disposées face à face autour des tables formaient autant d’espaces intimes. Antoine jeta un coup d'œil dans la salle et fit installer la jeune fille à une table tout au fond.

Elle portait un pull léger avec ce genre de décolleté plongeant, très à la mode en ce moment. Antoine remercia mentalement les gens qui créaient la mode.

Il lui dit qu’il la trouvait belle et que…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, son téléphone fit entendre la nouvelle mélodie qu’il venait juste de charger : «Little Bad Girl» de David Guetta. Il se dit que ça en jetait pas mal.

Il regarda la jeune fille dans les yeux comme s’il allait trouver une réponse à la question qu’il finit par poser :

– Je réponds ou pas ?

– C’est ton téléphone, c’est toi qui vois.

Antoine fit sauter le petit rabat à fermeture magnétique de l’étui de téléphone qu’il portait à la ceinture. Il y avait une ouverture à la partie inférieure où l’on pouvait passer le doigt et éjecter l’appareil. Le geste lui plaisait.

– Allo !

– Mmmm… ouais. An... An... Antoine ?

– Oui… c’est toi Hervé ?

– C’est moi… Je voulais juste te demander…

– Quoi donc ? Qu’est-ce qui ne va pas Hervé ? Tu as l’air bizarre.

– Écoute Antoine, j’ai un peu bu… et…

– Et quoi ? Bon sang ! Accouche…

– Je voulais te demander. Quand tu es parti tout à l’heure, est-ce que Priscilla était encore là ?

– Pourquoi tu me demandes ça ? J’ai pas l’habitude de surveiller Priscilla, elle est assez grande pour se surveiller elle-même.

Antoine ramassa le paquet de cigarettes qu’il avait fait tomber dans un geste d’agacement. En se relevant il toucha le genou de la jeune fille et ce contact lui fut agréable.

– Écoute, tu sais que je suis avec elle depuis pas mal de temps maintenant. Ça va bien nous deux, on est en confiance. Hier en dansant j’ai rencontré un copain que je n’avais pas vu depuis longtemps.

– Oui, et alors ?

– Je suis parti à sa table. Il était avec d’autres amis garçons et filles, on a discuté un bon moment.

– Vous avez discuté et vous avez bu aussi, si j’en juge par ton comportement.

Antoine passa le dos de sa main sur sa joue, en regardant la jeune fille. Il souffla, la bouche arrondie. Il mit la main sur le haut-parleur du téléphone et chuchota: « Il me gonfle celui-là ! »

– Ouais ! bien sûr on a pas mal picolé. Tu sais ce que c’est, cette saloperie qu’ils vendent, plus t’en bois et plus t’as envie d’en boire.

– En même temps, ils ne t’obligent pas à boire.

– Écoute Antoine…

– Oui, je t’écoute.

– Tu vas pas commencer à me faire la morale. T’es un ami, j’ai pensé que tu pouvais me rendre un service. Je l’aime bien Priscilla, mais elle est pas la dernière à cavaler quand l’occasion se présente. Alors si tu savais quelque chose…

– Je ne la connais pas encore très bien, mais je suis sûr que c’est une chic fille.

Il fit un clin d’œil à la jeune fille qui le regardait en souriant.

– Ouais, c’est sûr, mais tu sais ce que c’est les filles. Quand elles ont le feu quelque part…

– Arrête, Hervé. Dans l’état où tu es, ça n’est pas à toi de donner des leçons de morale.

– Je suis un peu perdu là. Je ne sais plus trop ce que je dis. Tu es où toi en ce moment ?

– Je suis au café des Arts. Je me suis arrêté pour boire un coup avant d’aller me coucher.

– Au café des Arts ! Mais c’est juste à côté ! Écoute, je vais te rejoindre. Je te paie un verre.

– Tu veux dire là ! Tout de suite ?

– Ben oui. Cinq minutes, juste le temps de boire un coup.

– Écoute Hervé t’es un copain, c’est pas que je veux pas te voir, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Le mieux pour toi, ce serait que tu ailles te coucher ; demain tu auras récupéré et tu y verras plus clair. Pourquoi tu ne l’appellerais pas au téléphone Priscilla ?

– Ouais, peut-être… je sais plus. Je perds un peu les pédales moi.

– Mais si, crois-moi, c’est la meilleure solution demain tu verras, ça ira mieux.

– D’accord t’as raison. T’as toujours raison.

– Bien sûr que j’ai raison. Allez ! Tchao ! Dors bien.

Antoine posa le téléphone à côté de son verre. Du bout du doigt il le fit tourner comme une toupie.

– Il voulait venir nous rejoindre ici, dit-il.

– Quoi ? Il ne manque pas d’air ! dit la jeune femme. Qu’est-ce que tu lui as répondu ?

– Tu as entendu. Je lui ai dit d’aller se coucher.

– Tu as bien fait, je commençais à me sentir mal à l’aise.

Il appuya son coude sur la table et lui caressa la joue avec le dos de la main. Elle lui prit les doigts et les garda serrés sans rien dire.

– Tu sais ce que je pense ? dit-elle au bout d’un moment.

– Oui, je sais, mais dis-le quand même.

Avant qu’elle ait pu répondre la mélodie du téléphone se fit entendre à nouveau. Antoine attrapa son téléphone qu’il n’avait même pas eu le temps de ranger :

– Allo !

– Oui, c’est encore moi. Écoute Antoine, je voulais te prévenir avant que tu ailles te coucher. Priscilla m’a téléphoné, elle s’est excusée de son départ précipité, elle était fatiguée tout à l’heure. Quand elle a vu que j’étais avec mes amis, elle n’a pas voulu me déranger, elle est rentrée en voiture avec sa sœur.

Erwan Azaide

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