jeudi 28 juillet 2011

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( texte composé sur le thème 1, autour du mot départ )

Le plus frappant, c’est le silence. J’avais oublié ce qu’était le désert. Des journées entières où mes pas… j’allais dire résonnent – non, contre quoi résonneraient-ils,  je me suis toujours déplacé sans bruit. Mes voisins ne m’entendent que dans mon jardin, que je quitte peu, sauf l’été bien sûr.

Au départ, évidemment, j’ai bien été obligé d’en sortir, de ce jardin, pour en arriver là, piqué sous ce soleil de plomb. Je n’ai d’ailleurs jamais bien compris l’expression : c’est sûr que ça fait plus de dégâts de recevoir sur le crâne un kilo de plomb qu’un kilo de plumes, mais quel rapport avec le soleil ? Un soleil de plumes, c’est beaucoup plus joli. Ça évoque la coiffure de fête des grands chefs indiens comme j’en ai vu sur de vieilles réclames – des publicités comme on dit maintenant, des pubs, quoi – ou sur des calendriers des postes. Quand j’étais enfant, le facteur m’en réservait toujours un avec des indiens. La factrice maintenant  me met de côté ceux qui ont des photos d’oiseaux puisqu’il n’y a plus d’indiens – enfin, sur les calendriers des postes ; et ailleurs aussi paraît-il, plus trop…
 

Les plumes, j’adore ça : j’avais fabriqué un éventail avec celles de Saturnin. Saturnin, c’était mon oie, mais une oie mâle, oui, ça existe. Je l’avais trouvée toute petite, bien loin d’ici, et comme apparemment elle n’était à personne, je l’avais adoptée, comme un chien c’est-à-dire pas du tout comme un chat ; je ne sais pas adopter les chats, c’est beaucoup trop difficile, parce que pour adopter il faut être deux et qu’un chat ça fait sa vie toujours tout seul. Saturnin, bien sûr que je ne l’ai pas mangé, il est mort vieux, je l’ai enterré dans le jardin, sauf les douze plumes de l’éventail.

J’aurais dû l’emporter, l’éventail ; ça m’aurait un peu rafraîchi, à défaut de boire.  Une sécheresse pareille, ça vous ratatine tout, ça vous grille la graminée, ça vous encartonne la glotte, ça vous parchemine les jointures.
 


Mais je ne suis pas à plaindre et d’ailleurs je ne me plains point. Je déguste le silence minéral, et c’est vrai qu’il y en a beaucoup, des pierres. Et elles sont toutes à moi puisque je suis seul.
 


On dirait que tout ce que je vois est à moi et toi tu serais le chat botté et moi le marquis de Carabas, non, c’est pas du jeu, et puis je ne joue plus parce que j’ai trop mal à la tête. C’est toi qui m’as cogné si fort par derrière ?



— Papy, papy, ça va mieux ? Non, non, ne bougez pas, les pompiers vont venir. Dites donc, vous nous avez fait peur ! Heureusement que nous sommes rentrés un jour d’avance, pour éviter la grève d’Air-Abakou, et voilà qu’en venant récupérer nos clefs et le courrier que vous relevez, comme à chaque départ en vacances, pour tous vos voisins qui s’éclipsent en même temps, on vous trouve sur le dos dans l’allée de votre jardin. Tout le monde vous a dit de mettre un chapeau pour sortir dans la rue du village par ce cagnard, mais avec votre caboche… D’ailleurs heureusement qu’elle est dure !


Tenez, on vous a rapporté un petit flacon de sable rouge du désert de Gobi qu’on a ramassé nous-mêmes ; c’est drôle, il a la même couleur que le sable de votre allée – mais c’est du vrai – garanti !

Hache

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