mercredi 1 mars 2017


Le thème 62 est en ligne !

Mars, et ça repart...

( texte composé sur le thème 62, autour du mot temps )

Mars !
Oublier l'hiver, le froid, le gris
Guetter les belles humeurs de saison
Nourrir ses goûts, ses passions et ses envies
Opter pour les couleurs, le sourire, l'évasion 
Trouver le temps pour ce qu'on aime
Ecrire, dessiner, flâner, paresser même
Rêver...

MF

lundi 13 février 2017

La glacière bleue

( texte composé sur le thème 61, autour du mot filet )

Le 14 février est la fête des amoureux.

Amoureux de quoi ? De l’argent ? Des honneurs ? Du pouvoir ?...

L’association de danse du village propose une soirée dansante pour prouver qu’il s’agit bien d’aimer son prochain et sa prochaine !

L’association marche bien : les adhérents sont nombreux, les cours sont complets. Elle organise même des compétitions. C’est un signe des temps, le cinéma ne s’est jamais si bien porté, la danse aussi ; les gens ont besoin de se distraire et que faire de mieux avec son corps, sinon danser ? Toutes les civilisations dansent. L'Afrique entière danse. L'Amérique du Sud danse. Et nous, qui sommes réputés mieux gâtés par le sort, ne danserions-nous pas ? Avons-nous oublié les générations qui nous ont précédés ? Que faisaient-ils ? Ils dansaient ! Parfois devant le buffet ! Mais surtout au bal ! Chaque village en proposait plusieurs dans l’année, autant que les banquets du même nom. Des bals populaires ou bals musette comme les a chantés Sardou.

Donc allons fêter la Saint Valentin en dansant !

Outre l’obligation de participer aux nourritures terrestres (gâteaux, quiches, pizzas, toasts, salades…), la Présidente avait ajouté quelques petites contraintes :

- venir si possible en couple,

- prévoir, pour les danseuses, une jupe ample et des chaussures à talons, pour les danseurs un pantalon noir et des chaussures de ville,

- les danseurs sont invités à apporter un objet original en lien avec la danse, imaginé et fabriqué par eux-mêmes.  


Vers les deux heures du matin, exténués, l’animateur et la Présidente se livrent à un bilan des objets oubliés, laissés, abandonnés... Parmi ces derniers, ils repèrent une glacière bleue. Terrassée par la fatigue, la Présidente, s’emporte contre ces semi-adultes à qui elle a pourtant répété des tas de fois de mettre leur nom sur leurs affaires :

– Quand on leur parle, ils ont des parasites ou quoi ?

Pendant ce temps, l’animateur ouvre la glacière et s’écrie :

– Mais qu’est-ce que c’est que ce machin ?

A l’intérieur, enveloppé dans une sorte de filet en plastique, un objet en métal jaune.

La présidente s’approche et s’écrie :

– Mais c’est un escarpin ! Et il est en or ! Ils sont un peu timbrés ! Je leur avais dit d’en apporter pour se les mettre aux pieds mais pas pour les mettre dans une glacière !

L’animateur confirme, c’est bien un escarpin, et le soupèse : ça va chercher dans les combien ? Et apporte la réponse lui-même : dans les cinq cents grammes !

La Présidente s’exclame :

– Oh là là ! Au prix du lingot, tu te rends compte ?...

L’animateur pondère :

– Ah coquine ! Tu te voyais déjà le faire fondre pour te payer une croisière sur le Danube !... Mais ce n’est pas de l’or, c’est du laiton !... Mais au fait, lorsque vers minuit, j’ai lancé le tango en demandant aux danseurs d’offrir aux danseuses l’objet original qu’ils avaient apporté, tu as vu circuler cet escarpin ?...

– Non, j’ai vu circuler des tas de choses, des bâtons de twirling, des castagnettes, des claquettes, des petites danseuses en terre cuite, des dessins, des petits papiers…  Un cavalier a mis autour du cou de sa cavalière un collier de petites danseuses de Degas, en porcelaine je crois… Ils sont créatifs !

– Oui mais distraits ! Et toi aussi ! Tu n’as pas vu partir une dame brusquement de la table dix ?

– Non…

– Eh ben, à mon avis, il a fait des dégâts avec ses Degas parce que la personne à qui il a offert le collier n’était pas sa femme.

– Et après, on n’est pas conseillers conjugaux quand même !

– Non, mais avec la danse, tu sais, il se passe des tas de choses, c’est un corps à corps ! Tu la connais la communion exceptionnelle d’un couple qui s’aime et qui le manifeste en dansant ?

Elle sourit d’un air complaisant :

– Et comment !... Sinon, je serais Présidente du club hippique mais cela n’explique pas l’escarpin en or… enfin en laiton.

– Si ! La femme de la table dix a craint que son mari ou compagnon ne lui offre rien, elle a donc acheté cet escarpin… en laiton… elle-même. Mais voyant qu’il avait préparé autre chose pour une autre femme, elle est partie en oubliant tout.

– Bravo ! Inspecteur Derrick, tu as bien besoin de dormir… On verra demain !


Le lendemain, la Présidente écrit un courriel pour énumérer tout ce qui a été laissé, oublié, abandonné, perdu…

C’est un monsieur qui est venu récupérer la glacière bleue… Et ce n’était pas celui des Degas ! 

Prudente, la Présidente lui demande s’il a passé une bonne soirée. Il répond :

– Une soirée en or !

Elle hasarde ensuite :

– Et votre compagne aussi ?

– Euh… Je ne sais pas... Je n’étais pas en couple… J’ai des ennuis en ce moment…

– Oh ! Excusez-moi ! Et vous êtes sûr que cette glacière est la vôtre, parce qu’il n’y a pas de nom ?

– Oui oui, c’est la mienne.

Il vérifie à l’intérieur par acquis de conscience… Et il s’écrie :

– Mais qu’est-ce que c’est que ce machin ?

La Présidente se tait et le laisse échafauder ses propres hypothèses, puis voyant qu’il restait interdit, lui vient en aide :

– C’est un escarpin monsieur…

Et elle renforce son affirmation d’un regard appuyé :

– Vous n’avez pas une petite idée ?

– Non.

– Alors je vais vous aider : hier soir, il n’était pas prévu que les danseuses offrent un objet original aux danseurs, vous êtes bien d’accord ? Or, visiblement, une danseuse avait un signal à vous faire passer. Vérifiez si sous le talon de l’escarpin ne se trouve pas un indice… Il se pourrait donc qu’à la prochaine soirée dansante, vous veniez en couple et que vos ennuis s’éloignent mais ne l’oubliez pas trop souvent votre glacière, ou alors réchauffez-la !  

Mariji Cornaton

samedi 4 février 2017

Saint-Valentin

( texte composé sur le thème 61, autour du mot filet )

Je n’ai jamais attaché d’importance à ce genre de fête commerciale qui n’apporte rien de sincère dans une relation. Et d’ailleurs, je n’avais pas de relation en ce temps-là. Mais là j’avais reçu une invitation à un « speed-dating », boisson offerte, et je me suis dit que cela pouvait être amusant. L’invitation était ainsi rédigée : « Vous êtes seul-e- pour la Saint-Valentin ? Venez nous voir, nous nous occuperons de tout ! L’amour est chez nous ! »

Il y avait du monde dans ce grand café ; sans doute en raison du caractère d’urgence à l’approche de cette fête des amoureux. Les tables étaient disposées en rond, une chaise de chaque côté. Nous avions un quart d’heure pour faire connaissance, la suite étant laissée à notre convenance. Une sonnerie mettait fin aux « entretiens ».

Je vous explique en deux mots : j’ai un physique qui parle pour moi, du coup la plupart des gens pensent que je n’ai rien à dire. Alors ils se racontent en ne regardant que mes seins et parfois un peu mes yeux.

Mon premier rendez-vous était déjà assis lorsque je suis arrivée et n’a même pas fait mine de se lever. Un scan rapide de bas en haut, il avait estimé la marchandise, et moi j’avais jugé l’animal.

– Je suis provisoirement seul, me dit-il. (Pas depuis longtemps pensais-je, en voyant l’ornière creusée par une alliance. Peut-être même venait-il de l’enlever dans les toilettes car son doigt était rouge et il sentait la savonnette bon marché). J’ai besoin d’une femme pour mon image de marque. Car je suis quelqu’un d’important (pour qui, pour toi ?).

Tout en me faisant une déclaration de son patrimoine, yacht, hôtel particulier et quelques bricoles du même acabit, il redressait son épaulette droite et se revissait la tête d’un quart de tour toutes les dix secondes à l’intérieur de son col de chemise avec une petite crispation du menton. Ses mains voltigeaient de ses cheveux à son nez, à ses oreilles. Tiens l’épaulette gauche y a droit aussi. (Il a des parasites ou quoi ? Qu’est-ce qu’il a à se remuer comme ça ?) Mon Dieu comme cet homme m’est antipathique et comme un quart d’heure peut être long ! Je décidai de ne pas l’encourager d’une quelconque façon et lui demandai brusquement :

– Et vous venez souvent faire vos courses ici ? Une femme pour vous mettre en valeur, ça va chercher dans les combien ? Ça ne doit pas être facile à trouver, non ? Vous parvenez à en faire tomber dans vos filets ?

Il m’assassina brutalement d’une insulte de son cru que je lui retournai illico au masculin avec un très charmant sourire.

Et il partit rageusement chercher potiche ailleurs.

Un autre monsieur se présenta, intimidé et brun de poil. Celles qui aiment le rupestre l’auraient sans doute trouvé plaisant et, là-haut au milieu de ses prairies, il devait être magnifique ! Je le trouvai attendrissant. Mais il faut être en vacances en montagne pour raison de santé pour apprécier pleinement ce genre de beauté. Il déposa sur la table un petit paquet ficelé qui fleurait aussi bon l’ovin que son gilet en peau de mouton flambant neuf et certifié fait main.

– Bonjour Madame, je vous trouve très belle !

Pas beaucoup d’imagination ce garçon mais du cœur… J’eus envie d’être gentille avec lui parce que lui n’osait pas parler.

– Et que faites-vous dans la vie, monsieur ?

– Ben, j’élève des moutons et des chèvres et j’aimerais bien avoir une bonne amie qui me donne la main… parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde dans mon coin… Et dans la vallée les filles ne sont pas belles comme vous. Elles font pas rêver.

– Les moutons, c’est pour la laine, je suppose, mais pourquoi élever des chèvres ?

– Diable… madame, c’est pour les fromages…

Il poussa le petit paquet odoriférant vers moi.

– D’ailleurs, je vous en ai apportés ; je les fais bien bons mes fromages, vous savez. Là-dedans, y en a des demi-frais et des vieux bien goûteux.

– Merci beaucoup, monsieur. Vous pouvez me dire votre prénom ?

– Sébastien, que je m’appelle ! Ne l’ouvrez pas tout de suite, me dit-il. Comme ça vous penserez encore à moi lorsque je serai parti.

– Merci Sébastien. Il est certain que je ne vais pas vous oublier de sitôt. Ah ! la sonnerie a retenti, nous devons nous quitter. A bientôt dans la montagne peut-être…

Lorsque je vis arriver le numéro trois, je n’eus qu’une envie c’était de m’enfuir. Je ne pouvais pas trouver de mots pour le décrire tellement il était bizarrement vêtu et avait l’air malsain. Le teint blême, les cheveux chimiquement noirs en mèches agglutinées, et les yeux bordés de khôl genre pirate des Caraïbes en fin d’ouragan. Mais qu’est-ce que c’est que ce machin-là ?

– Salut, me dit-il ! Ça gaze ?

– Bonjour. Vous ne vous êtes pas trompé d’endroit ? C’est un speed-dating, ici.

– J’sais pas ce que c’est, j’connais pas le mot. Moi je cherche une rombière pour me filer du blé en échange de petits services, si vous voyez ce que je veux dire…

– J’en ai une petite idée, mais je vous remercie, je ne vais pas faire appel à vos services. Au revoir !

Là, j’en ai eu assez, vraiment. L’amour ne pouvait pas être ici ! Je suis partie, sans boire la consommation promise.


Et, le jour de la Saint-Valentin, je suis allée m’installer dans un café-bibliothèque de mon quartier, qui fait des croque-monsieurs divins à trois étages, et où on peut rester aussi longtemps qu’on veut en empruntant quantité de livres présentés sur un mur d’étagères.

J’étais seule, j’étais bien. J’ai fait une petite folie, j’ai commandé une bière. J’ai entendu un petit bruit de papier dans un coin, le merveilleux petit bruit d’une page que l’on tourne. Non, je n’étais pas seule, il y avait là un homme qui lisait. Un homme qui lit, déjà j’aime ça ! Il avait dû oublier ses lunettes car il tenait le livre près de ses yeux. Un homme myope, j’aime ça aussi ! Il ne me verra donc pas et cela me laissera une chance de lui parler. Comme il posait son livre sur la table pour manger un petit bout de son croque-monsieur, j’eus un coup au cœur : Il lisait « A la recherche du temps perdu ».

Un homme qui lit Proust, j’aime, j’aime ça ! C’est un homme tranquille, qui prend le temps de laisser résonner dans sa tête de belles et longues phrases, et si, en plus, comme moi, il cherche celle qui ne tient pas en équilibre, sans jamais la trouver d’ailleurs, et les quelques petites erreurs par ci et par là, sans doute dues à l’imprimeur, c’est l’homme de ma vie.

Il fallait donc ruser pour attirer son attention. Je me levai, me dirigeai vers la bibliothèque, fis semblant de chercher, puis je dis au patron, à voix haute, que je ne retrouvai pas Marcel Proust.

L’homme de ma vie m’entendit, leva la tête, se leva tout entier, et vint me dire qu’il pouvait me le prêter puisque c’était lui qui l’avait emprunté et qu’il avait du mal à lire sans ses lunettes.

– Mais non, mais non, mais si, mais si, je ne veux pas vous en priver, voyons, mais c’est une relecture, ah mais moi aussi, donc… et où en étiez-vous au fait, et vous lequel vouliez-vous relire, et bla bla bli et bla bla bla.

Nous avons parlé toute la journée et toute la nuit, de Proust bien sûr et d’autres choses aussi, surtout lorsque, rentrés chez lui, il a retrouvé ses lunettes.


C’était il y a dix ans et pour chaque Saint-Valentin nous allons manger un croque-monsieur à trois étages au café-bibliothèque de notre quartier.

Marie de Saintjean

vendredi 27 janvier 2017

La lettre de Tante Éloïse

( texte composé sur le thème 60, autour du mot tchin-tchin )


Trop nombreux parfois sont ceux qui ont connu dans leurs familles des histoires secrètes, des non-dits, des ruptures ou des disputes de prime abord incompréhensibles. Alors en lisant, de manière tout à fait aléatoire, votre texte Séisme du 20 septembre 2014, histoire d'une famille un jour fracassée par une seule remarque d'un de ses membres à propos de la tante Éloïse "qui ne ressemblait guère aux autres membres de la famille", j'ai eu envie d'être moi-même cette tante Éloïse qui tente de reconstituer le puzzle familial avec la génération suivante. Je crois en effet, que les secrets de famille, même les mieux gardés, finissent toujours, tels des abcès souterrains, par être percés un jour tant ils sécrètent du pus sur la descendance.

***

Théo,

A la simple idée de t'écrire, mon cœur s'emballe et se trouble ! Quand j'ai revu ton visage dans ce jardin public, tu m'as confirmée subrepticement que c'était bien toi : depuis, c'est vrai, je ne cesse de penser à notre histoire commune tombée dans l'oubli le plus opaque depuis cette fameuse journée d'automne où notre famille a éclaté. Longtemps je me suis interrogée sur l'attitude à avoir, longtemps j'ai réfléchi et hésité. Mais aujourd'hui, les doutes s'estompent et s'envolent et je souhaite que l'on reprenne ensemble le fil qui s'est cassé ce fameux jour de séisme.

Vous étiez jeunes encore avec ton frère. Et l'insouciance de la jeunesse ne vous avait pas encore été retirée. Maintenant vous êtes devenus des hommes, des hommes responsables, capables de comprendre l'histoire compliquée de vos grands-parents. J'aurai tant de choses à vous dire sur eux, sur leurs choix et leurs décisions heureuses et moins heureuses, sur moi et mon désarroi de toujours ! Il est temps pour vous et vos enfants, si vous en avez, que vous ayez un éclairage, le mien bien sûr, sur ce qui s'est vraiment passé le jour de cette fracture familiale.

Peut-être pourrions-nous donc nous retrouver dans un bar à ta convenance un de ces prochains jours. Je suis entièrement disponible toutes les fins de semaine. Je te laisse libre de fixer toi-même le lieu exact, le jour et l'heure de cette première rencontre. Cela me ferait tellement plaisir de faire tomber les barrières qui se sont érigées entre nous pour recommencer à tisser avec toi et ton frère s'il en est d'accord, ce lien qui a été le nôtre lorsque vous étiez petits.

Si tu acceptes ma proposition, je n'ose imaginer mon bonheur lorsque nous lèverons ensemble nos verres en déclarant haut et fort « tchin-tchin » à nos retrouvailles.

Comme le disait si bien Raymond Devos:

"Je hais les haies qui sont des murs
Je hais les haies et les mûriers
Je hais les haies qui nous emmurent
Je hais les murs qui sont en nous !"

Bye, bye Théo en espérant pouvoir te serrer très bientôt dans mes bras.

Tante Éloïse


***

C. Didier

mercredi 18 janvier 2017

Un nouveau départ

( texte composé sur le thème 60, autour du mot tchin-tchin )


Bonjour,

Vous serez peut-être étonné(e) de recevoir cette lettre car vous ne me connaissez pas. Moi, c’est simplement pour avoir lu un de vos textes. C’est une histoire un peu bizarre, je le reconnais et je vais m’expliquer.

Je cherchais un texte publié dans la Mognoterie qui, pour des raisons trop longues à expliquer, puisse m’inspirer. Je décide tout simplement et sans aucune originalité d’ouvrir le thème n° 1 - autour du mot « départ » - et, en première page, apparaît Tribulations nocturnes de C. Didier. Publié le 9 septembre 2011. Cela ne date donc pas d’hier ! Vous savez sans doute comme moi que, bien souvent, nous oublions assez vite ce que nous avons écrit, pour passer à autre chose… Je rappelle donc la situation en quelques mots...

Votre héroïne, vraisemblablement assez jeune, passe dans sa chambre une nuit épouvantable. En pleine détresse, elle rumine, éprouve un fort malaise physique, pleure, pense très fortement au suicide et en envisage même les modalités. Il y a là une détresse existentielle renforcée par le sentiment d’être abandonnée par ses parents accablés par le départ de son frère, abandonnée aussi par ses amies qui ne la comprennent plus. C’est tout juste si, à cinq heures du matin, elle arrive à la conclusion qu’il ne lui reste plus qu’une seule chose possible : « Vivre comme elle peut, mais vivre pour elle ».

J’ai trouvé ce texte émouvant et avec tous les accents de la vérité. Que va devenir cette jeune fille ? On voudrait bien le savoir. La seule issue de mon côté était de l’imaginer. J’ai donc essayé d’écrire la courte « suite » que voici...

***

Elle se réveilla aux cris aigus des martinets qui se rapprochaient de la fenêtre pour s’en éloigner, puis y revenir. En chemise de nuit et pieds nus elle se dirigea dans la semi-obscurité de sa chambre vers la cuisine. Poussant la porte, elle fut éblouie par le soleil entrant à flot. Craintive, elle porta les doigts à ses tempes mais l’affreux mal de tête avait maintenant disparu.

Une bonne odeur de pain grillé qui flottait dans l’air vint à point lui rappeler qu’elle avait été incapable d’avaler une bouchée la veille au soir.

Sur la table de la cuisine, un billet de sa mère :

Ma chérie
J’espère que tu as bien pu récupérer.
Un gentil message de ton frère sur l’ordinateur. Tout va bien.
Ton amie Diana est passée te voir. Pas voulu te réveiller. Demande que tu l’appelles.
Je rentre à midi. Ne t’inquiète pas pour le repas. Bisous.

Elle prit une grande inspiration et s’assit à la table. Le labrador de la famille posa son museau sur son genou et lui dédia un regard énamouré. Elle lui caressa cette place très douce en haut du museau, entre les yeux.

Les pensées terrifiantes qui l’avaient assaillies tout au long de la nuit s’étaient maintenant effilochées.

C’est à petites gorgées qu’elle but son grand verre de jus d’orange. Jamais il ne lui avait paru apporter autant de pureté et de fraîcheur.

Elle commençait à revivre.

***

J’espère que vous ne m’en voudrez pas trop d’avoir ainsi confisqué votre personnage. Peut-être auriez vous imaginé une suite bien différente… Mais n’est ce pas le destin des personnages que de nous échapper et même de vivre leur vie ?

Tout le mois de janvier est bon pour les vœux. Alors, choquons nos verres… de jus d’orange : Tchin-tchin !

GP